
LE MENSONGE DES PERCEPTIONS
Nous pensons à tort que l’éveil consiste à affiner ses perceptions comme on aiguiserait une lame, glissant ainsi dans l’illusion que les vertus de l’âme se mesurent à l’affutage de pouvoirs spirituels.
Dans certains cas, ce déploiement installe une hiérarchie véreuse où certains se sentent plus éveillés, plus avancés, tels des chouchous de Dieu. L’ego se raffine ; il se pare de ses plus belles perceptions comme les plumes d’un paon, mû par le besoin d’existence et de distinction.
La spiritualité ne consiste pas à ajouter, mais à retirer. Elle ne nous rend pas extraordinaires, mais profondément entiers. Elle nous façonne dignement jusqu’à nous rendre fonctionnels au vivant.
Le développement, lui, ne relève ni d’une mission divine ni d’un rôle à endosser. Il demande simplement de se rendre disponible, par la présence à soi, afin de se laisser traverser par ce que l’on est profondément.
– Lorsque l’humain cesse de vouloir devenir quelqu’un, il devient un organe du tout. –
C’est ainsi que nous nous retrouvons au bon endroit, au bon moment, non par contrôle mais par accordement. Les synchronicités ne sont pas des récompenses spirituelles ; elles sont le langage du vivant lorsque nous cessons de lui résister. Elles apparaissent lorsque la présence remplace l’effort, lorsque l’écoute prend place là où il n’y a plus de quête.
L’ascension n’est alors plus une escalade de perceptions, mais un acte de présence, nu, sans décor mystique ni costume sacré. Elle ne nous emmène pas ailleurs : elle nous ramène ici et maintenant, dans le corps, dans le vivant. En lâchant l’idée d’être au-dessus du monde pour nous en extraire, nous nous incluons pleinement en lui.
C’est là, paradoxalement, que nous recevons enfin ce que nous cherchions tant à atteindre à travers le déploiement de nos perceptions ;
L’existence abreuvée de la conscience.
Autrice : Elodie Rivero
Site : www.declicetdescles.com